Sautes d’humeur, rages de sucre et sérotonine

Publié le 8 juin 2019
Écrit par Sylvie Rousseau, nd.a.

Sautes d’humeur, rages de sucre et sérotonine
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Comprendre sa génétique peut aider grandement à optimiser sa santé et prévenir les maladies chroniques.

 

Le Dr Ben Lynch, un expert dans le domaine de la nutrigénomique, a consacré une bonne partie de sa carrière en quête de réponses en ce qui concerne la destinée génétique. Au cours de ses recherches, il a réussi à identifier sept gènes humains qu’il qualifie de « sales », plus susceptibles de provoquer des problèmes de santé chroniques importants. Il mentionne que les gènes peuvent être sales à la naissance ou encore devenir sales lorsqu’en lien avec un mode de vie inapproprié (malbouffe, pollution, sédentarité…) et des maladies cardiovasculaires, des troubles auto-immuns, l’obésité, un cancer ou le diabète, notamment.

 

Bagage génétique versus expression des gènes

Rappelons que le projet du génome humain a permis à la communauté scientifique de comprendre comment les gènes fonctionnent, les facteurs qui les influencent et comment les changer par des mécanismes non reliés à notre ADN. Un seul nucléotide disposé dans une position spécifique sur un gène peut influencer grandement une susceptibilité à développer une maladie. On appelle ces déformations des « polymorphismes nucléotidiques » (SNP). Le Dr Lynch a préféré qualifier les SNP de « gènes sales ».

On considère toutefois que ce qui est plus important que le bagage génétique est ce qu’on appelle le « phénotype » ou l’« expression des gènes ». En effet, la maladie se développe lorsqu’une personne adopte un mode de vie qui permet à certains gènes de s’exprimer ; ce qu’elle mange, le stress qu’elle subit et l’environnement dans lequel elle vit sont autant de facteurs qui influent sur l’expression des gènes. Le Dr Lynch considère qu’un gène peut agir comme s’il était sale même sans SNP inné par le biais de l’expression des gènes.

 

Les recherches du Dr Lynch

Selon les recherches de cet expert, ces supergènes sont d’une grande importance pour la santé humaine, parce qu’ils ont une influence certaine sur des centaines d’autres gènes et peuvent provoquer, lorsque « sales », un effet domino dévastateur dans tout l’organisme. Par exemple, si un de ces sept gènes est sale, il amènera assurément un dérèglement sur une centaine d’autres gènes, qui deviendront sales à leur tour.

 

La MAO et son gène modulateur de l’humeur

Le gène dont je veux vous parler aujourd’hui est le gène contrôlant la monoamine oxydase A (MAO), car c’est un gène de première importance pour assurer la stabilité émotionnelle. En fait, ce gène contrôle l’enzyme qui aide à inactiver deux neurotransmetteurs d’importance, la dopamine et la noradrénaline, qui s’assurent que l’organisme répond correctement au stress. Ce gène aide également à inactiver la sérotonine, un neurotransmetteur qui permet à un individu de garder son calme et d’être optimiste dans la vie.

Il faut savoir qu’il y a deux profils types de MAO : le profil rapide et le profil lent. Quand le métabolisme est rapide, cette enzyme élimine vite la noradrénaline, la dopamine ainsi que la sérotonine, amenant une diminution de ces neurotransmetteurs dans le cerveau. Ceux qui sont aux prises avec un métabolisme trop rapide de MAO sont continuellement ballotés par des rages de sucre et de chocolat. Ces personnes sont plus à risque de développer des problèmes de déficit d’attention, de dépression, de dépendance dont l’alcoolisme, de l’insomnie et un besoin de manger en pleine nuit pour se rendormir.

À l’opposé, quand le métabolisme est trop lent, cette enzyme élimine plus lentement la noradrénaline, la dopamine ainsi que la sérotonine. Si une personne n’est pas en situation de stress, elle sera plus alerte, attentive, énergique, productive, et elle aura une bonne confiance en soi. Mais si elle se retrouve avec un surplus de ces neurotransmetteurs dans l’organisme, les symptômes prendront la forme de difficulté d’endormissement, de réflexes vifs, de maux de tête, d’irritabilité, de sautes d’humeur, d’anxiété prolongée, de rage, de comportement agressif, de tendance à retenir sa respiration et de difficulté à se détendre.

 

La dérobade du tryptophane

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles une personne peut être attirée par les glucides lorsqu’elle est stressée. Celle d’intérêt ici est le gène qui contrôle la MAO. Puisque cette enzyme régule la sérotonine, l’organisme a besoin de tryptophane, le précurseur de la MAO, que l’on retrouve beaucoup dans les glucides. On en retrouve aussi dans les protéines, mais celui-ci ne passe pas aussi facilement la barrière du cerveau. Pour cette raison, les individus en manque de sérotonine cherchent ce nutriment dans les sucres pour une utilisation immédiate.

Il faut savoir que le tryptophane peut être utilisé de deux façons en fonction de la situation. Si la personne est détendue et qu’il y a peu d’inflammation dans le corps, le tryptophane est converti en sérotonine, ce que l’on recherche. Si la personne est stressée ou souffre d’inflammation, le tryptophane est plutôt transformé en acide quinolinique, une substance néfaste pour le cerveau, pour contrôler cette situation. Le stress vient dérober le tryptophane pour ses besoins. C’est pour cette raison que l’individu se sent déprimé, qu’il est plus attiré vers les sucres rapides et le chocolat et qu’il ne dort pas bien. Il est évident que le problème derrière la dépression n’est pas une simple question de déficience en sérotonine.

Les deux principaux nutriments pour assurer un fonctionnement optimal de la MAO sont donc le tryptophane, mais aussi la riboflavine (vitamine B2). Si la MAO sale est de type rapide, on observe qu’il n’y a pas suffisamment de tryptophane dans le système ou encore trop de riboflavine. Pour la MAO lente, c’est la situation inverse.

 

Les solutions à votre portée

La clé pour arriver à préserver le tryptophane passe par l’identification des stresseurs et des facteurs de risque responsables d’amorcer l’inflammation. Une inflammation chronique peut s’installer, par exemple à cause d’une alimentation raffinée ou chimifiée ou en raison d’une consommation d’aliments allergènes. Il faut savoir que le stress physique ou émotionnel peut être responsable d’induire de l’inflammation, tout comme des conditions de santé chroniques, dont l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète, les maladies auto-immunes, une infection chronique et le cancer.

La solution pour nettoyer un gène sale MAO est d’introduire des protéines à chaque repas et collation, et de ne pas attendre d’être affamé avant de manger pour arriver à stabiliser le taux de sucre. Manger des repas équilibrés incluant des protéines, des glucides lents et de bons gras aide à équilibrer les neurotransmetteurs. Il est crucial de limiter la consommation de sucre et d’aliments préparés. Finalement, pratiquer des techniques pour diminuer le stress, comme la respiration consciente et la méditation, est une autre bonne option.

On peut augmenter sa consommation de végétaux riches en tryptophane et en riboflavine pour optimiser le fonctionnement de la MAO. D’une part, on retrouve du tryptophane dans les épinards, les algues, les champignons, les graines de citrouille, le navet, les laitues rouges et les asperges. D’autre part, on retrouve la vitamine B2 en grande quantité dans le foie, l’agneau, les épinards, les amandes, le saumon sauvage, les œufs et les champignons.

Du côté des suppléments naturels, le 5-HTP est un bon choix pour aider à remonter le niveau interne de MAO. L’inositol, de son côté, régularise la sérotonine et améliore l’humeur. La mélatonine peut aider temporairement à dormir dans une situation de déficience en sérotonine. Les nutriments anti-inflammatoires, dont le curcuma, peuvent aussi être d’un grand secours pour diminuer l’inflammation et ainsi éviter le vol du tryptophane.

Gardez en mémoire que les plus grandes influences sur votre santé viennent de chacune des décisions journalières que vous prenez concernant votre diète et votre mode de vie, qui permettront ou non d’optimiser le fonctionnement de vos gènes pour la vie.

 

RÉFÉRENCES

1.LIPTON, Bruce H. Ph.D. The biology of belief, Mountain of love/Elite books, 2005.

2.LYNCH Ben Dr. Dirty genes, Harper Collins publishers, New York, 2018.

3.http://www.ch-sainte-anne.fr/Actualites/Dans-les-medias/Decouverte-d-un-nouveau-mecanisme-biologique- de-la-depression

4.https://www.dramyyasko.com/wp-content/files_flut- ter/1327512160_9_1_1_8_pdf_02_file.pdf