Totum, synergie, tropisme et médecine de terrain : un bref aperçu de quelques piliers de la phytothérapie

Publié le 15 février 2017
Écrit par Guillaume Landry, ND.A.

Totum, synergie, tropisme et médecine de terrain : un bref aperçu de quelques piliers de la phytothérapie
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Il est des fondements difficilement ébranlables lorsqu’on s’intéresse aux principes des médecines naturelles.

J’aimerais avec ce court billet rappeler leur importance et leur pertinence, espérant ainsi affiner votre usage des plantes, mais aussi des champignons thérapeutiques.

 

Totum

Le premier principe est l’utilisation préférentielle du totum, soit de la plante totale, considéré supérieur à l’un ou l’autre de ses constituants actifs. Le totum se définit comme étant un ensemble moléculaire actif complexe et cohérent, propre à une espèce végétale bien définie par son génome, issu de l’un ou de plusieurs de ses organes à l’aide d’une méthode d’extraction appropriée.

Un exemple récent de recherche clinique (Yue G., 2012) montre que l’on bénéficie autant, si ce n’est plus, de bien d’autres molécules du curcuma, notamment les turmérones, utilisées en entier, au lieu de ses simples, mais néanmoins thérapeutiques et populaires, curcuminoïdes isolés.

Pour le champignon thérapeutique, le fait d’utiliser une poudre micronisée assure la disponibilité de toutes ses molécules actives. On s’est même rendu compte que sa matrice fibreuse, qui renferme les principes actifs et que l’on croyait possiblement indigeste, était, lorsque micronisée, bénéfique à l’équilibre glycémique. Aussi, l’utilisation du cycle complet de vie du champignon (mycélium, sporophore, spores) ainsi que son substrat permettent de récolter une bien plus vaste gamme de molécules synergiques et thérapeutiques.

 

Synergie

Un second principe, à savoir la synergie (du grec « synergos » signifiant « œuvrer ensemble »), se traduit par une combinaison de différents facteurs produisant un effet global, parfois plus important que la somme de leurs effets individuels.

Prenons en exemple l’effet bactéricide redoutable des huiles essentielles. Les bactéries pathogènes s’adaptent aux antibiotiques qui n’usent que d’une seule molécule, mais restent désemparées devant la cannelle de Ceylan, le clou de girofle, l’origan, le thym ou encore la sarriette des montagnes. Ce sont en effet les mélanges d’aldéhydes aromatiques, de phénols ou de monoterpénols, entre autres, qui sont, si l’on peut dire, si intelligemment anti-infectieux.

Une autre illustration classique de la synergie végétale est l’effet puissant sur le foie et la fonction biliaire de l’artichaut, attribuable à la combinaison de quatre molécules (acide citrique, malique, succinique et cynaropicrine) qui n’ont guère d’effet pris individuellement.

Les effets des molécules actives d’une même plante et des plantes entre elles, sont nombreux : inhibition d’effets toxiques, potentialisation de bienfaits, retardement de réactions, éloignement de seuil toxique, prolongation ou modulation d’effets selon les besoins de l’organisme, etc. Entre autres, les plantes adaptogènes sont pour l’homéostasie et la vitalité de véritables panacées : ashwagandha, rhodiole, schisandra, cordycep ou encore tribulus savent harmoniser les fluctuations sympathiques et parasympathiques du système nerveux, réduisant ainsi les effets néfastes du stress, qu’ils soient endocriniens, immunologiques, digestifs, neurologiques ou psychologiques.

Bref, à l’instar de la magie d’un grand chef cuisinier, la nature a concocté dans ses règnes végétaux et mycètes des perles biochimiques dont les associations moléculaires et leur complexité de modes d’action thérapeutique échappent encore pour beaucoup, non pas au palais, mais à la science !

 

Tropisme

Le tropisme, ou affinité d’une substance pour un tissu ou un organe donné, est une autre notion centrale à garder à l’esprit. Une fois dans le corps, les substances actives se concentrent dans les récepteurs de la cible cellulaire pour laquelle elles possèdent une affinité. On parle ainsi de plantes diurétiques(reins), sudorifiques (peau), cholérétiques (foie), etc. Plus précisément, la valériane et la passiflore agissent sur les récepteurs cérébraux aux benzodiazépines, ainsi qu’à d’autres neuromédiateurs comme le GABA, bien connu pour ses effets anxiolytiques.

Pour ce qui est des champignons thérapeutiques, nous retrouvons, entre autres, le chaga qui, bien qu’antioxydant en général, a une action particulière sur le côlon et les poumons ; le cordyceps, qui soutient l’oxygénation de tout le corps, et qui est en outre associé aux reins et aux surrénales ; la crinière de lion qui agit quant à elle comme un tropisme pour le cerveau et le système nerveux.

La signature des plantes est ainsi organique tout autant que fonctionnelle, voire même, pour certains, psychoémotionelle (avec les fleurs de Bach).

 

MÉDECINE DE TERRAIN

L’effet symptomatique des plantes, des champignons ou, pourquoi pas, de l’allopathie est toujours bienvenu pour soulager l’expression de la pathologie.

La guérison de ses causes, quant à elle, demande certainement une approche holistique permettant de jouer sur les leviers plus subtils de la pathogenèse. Pour ce faire, les cliniciens disposent d’un riche panel d’éventuelles références, dont les diathèses, la PNEI* , une approche traditionnelle ayurvédique ou encore chinoise, la médecine fonctionnelle ou, pour certains, l’énergétique, mais aussi et surtout, l’expression propre à la personne de la singularité et des modalités de sa maladie. C’est grâce à cela que l’individualisation du traitement devient possible. L’hygiène de vie en est la base. Puis, l’usage des plantes et des champignons aide le retour à l’homéostasie, et la joie de vivre !

 

L’ART DE LA FORMULATION

Dans cette optique, l’industrie des produits naturels met aujourd’hui à notre disposition bien des remèdes qui s’inspirent des traditions, mais aussi de cette médecine de terrain. Sont ainsi accessibles tant les simples que des associations brillamment formulées et pouvant alimenter un protocole complet et individualisé.

 

Illustrons notre propos avec quelques références :

  • Le triphala est une combinaison de plantes de la pharmacopée indienne qui combine trois plantes visant l’équilibre de chacun des trois doshas du corps. Cette formule ancestrale est aussi digestive, antioxydante, dépurative et régénérante.
  • L’association de sok-dan, d’angélique géante et de scammonée de Wilford, plantes coréennes et chinoises, présente des effets particulièrement intéressants sur l’ensemble des symptômes de la ménopause, tout en ayant une innocuité avérée.
  • En vitaminothérapie, l’importance d’utiliser un complexe de vitamines du groupe B en place de l’une ou l’autre utilisé seul, est bien connue. Leurs métabolismes étant intimement liés, elles se complètent idéalement. Peuvent aussi améliorer leurs actions : vitamine C, fer, sélénium, cuivre ou encore phosphore. Ces complexes B sont utiles pour le fonctionnement du foie, du système nerveux ou encore du système cardiaque.
  • On sait aussi, par exemple, que le zinc et le cuivre sont des oligo-éléments partenaires qui peuvent se débalancer si en excès l’un envers l’autre. Le zinc est un cofacteur de plus de 200 enzymes, et le cuivre est un anti-infectieux, un protecteur cardiaque et nerveux, ainsi qu’un antianémiant.

Chaque minéral, oligo-élément et vitamine possèdent entre eux des liens de potentialisation ou, à l’inverse, d’inhibition. Tout est donc question de pondération, et la nature dans son infinie sagesse nous apporte par la nourriture et les plantes des combinaisons de vitamines, minéraux et oligo-éléments judicieusement dosées.

Soyez donc très attentifs, lorsque vous utilisez des suppléments, de bien respecter les associations de principes actifs ainsi que les dosages, qui doivent être cohérents.

Pour revenir aux règles plus fondamentales de phytothérapie, Dr J.M. Michel rappelle que l’association de plantes doit permettre, notamment :

  • une synergie de principes actifs complémentaires : comme une combinaison d’un antispasmodique avec un laxatif, ou de flavonoïdes protecteurs vasculaires avec un stimulant de la tonicité veineuse ;
  • et une synergie dans les propriétés et le tropisme des plantes : associer par exemple une plante anti-infectieuse comme l’eucalyptus, le myrte ou le niaouli avec une expectorante tel le lierre grimpant.

Nous arrivons au terme de ce mémo phytothérapeutique qui, bien que très incomplet, aura, je l’espère, piqué votre curiosité envers les médecines naturelles, voire aiguillé quelques-unes de vos futures acquisitions de plantes et de champignons thérapeutiques.

Bien naturellement vôtre, GL

*Psycho-neuro-endocrino-immunologie

 

RÉFÉRENCES

MOREL, J.M. Traité pratique de phytothérapie, Éditions Grancher, 2008, 618 p.

THURIN, J.M., et autres. Stress, pathologies et immunité, Éditions Lavoisiers, 2010, 287 p.

TURBIDE, M. L’aromathérapie, Éditions Santé-Arôme, 2012, 404 p.

YUE, G., et autres. « The role of turmerones on curcumin transportation and P-glycoprotein activities in intestinal caco-2 cells », Journal of Medicinal Food, vol. 15, no 3, p. 242-252.

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