Tout ce qu’il faut savoir sur les tendinites

Publié le 24 septembre 2020
Écrit par Nicolas Blanchette, B. Sc. kinésiologie

Tout ce qu’il faut savoir sur les tendinites
Leo Desilets FR

Les tendinites sont des pathologies musculosquelettiques fréquemment retrouvées dans la population. Elles sont caractérisées par des épisodes de douleur localisée au niveau du site d’insertion d’un muscle, là où un tendon attache ce dernier à un point d’ancrage osseux. Les tendinites peuvent donc toucher n’importe quelle articulation, bien que les sites les plus communs soient le coude (épicondylite), l’épaule (tendinite de la coiffe des rotateurs) ou encore la cheville (tendinite du tendon d’Achille).  

Comme le suffixe « ite » signifie « inflammation » et que les recherches montrent qu’il peut y avoir présence ou non d’inflammation dans les tendinites, on parle plutôt désormais de tendinopathies. Ce terme englobe les tendinites (stade aigu, inflammatoire) et les tendinoses (stade persistant, sans inflammation). Ainsi, la prise en charge de la blessure variera considérablement selon que la blessure est dans un stade aigu ou persistant.

 

Physiologie d’une tendinite 

Dans le stade aigu, des dommages au tendon peuvent être visibles, par exemple sous échographie ou imagerie par résonnance magnétique. Le tendon devient alors enflé et hypercellulaire. En se réparant, la matrice de collagène du tendon reste désorganisée et sa texture change, ce qui affaiblit ce dernier. L’inconfort expérimenté par celui qui présente une tendinite est d’abord ressenti à l’effort et les tests de force musculaire permettent souvent de les soupçonner. Le tendon lui-même est également souvent sensible à la palpation. 

Il est cependant important de savoir ceci. On sait désormais que la douleur est mal corrélée avec la visibilité de la pathologie à l’imagerie médicale, c’est-à-dire que plusieurs personnes présentent ce qui pourrait être qualifié de dommage au tendon visible à l’imagerie SANS expérimenter de douleur. Et l’inverse est aussi vrai. On peut ressentir de la douleur et vivre une diminution de nos fonctions sans que le tendon montre des signes de dégénération à l’imagerie. Comment cela est-il possible ? L’expérience de la douleur chez l’humain est un phénomène très complexe mettant en jeu beaucoup plus que les tendons ! Il faut cependant retenir que ce qui permet de déterminer si on est « guéri » ou non d’une tendinopathie est le retour à nos capacités physiques fonctionnelles sans la présence de douleur plutôt que l’aspect biologique du tendon en lui-même. 

 

Qu’est-ce qui cause une tendinopathie ?

Le principal déclencheur de la tendinopathie est un changement brusque dans une activité physique avec une sollicitation intense, prolongée ou excessive d’un groupe musculaire qui excède les capacités de récupération de l’organisme. Par exemple, le sportif du dimanche qui est resté sédentaire durant tout l’hiver et qui décide d’augmenter son volume de course trop rapidement le printemps venu pourrait développer une tendinopathie du tendon d’Achille (cheville). 

Certains facteurs peuvent prédisposer au développement d’une tendinopathie. Ces facteurs peuvent être de différents ordres :

  • Biomécanique : faible force, manque d’endurance ou de souplesse, présence d’accrochage et de frottements ou encore d’instabilité articulaire, etc.
  • Technique : technique inadéquate de course ou d’un autre geste, paramètres d’entraînement mal organisés vis-à-vis de la capacité de récupération de l’organisme.
  • Systémique : âge, ménopause chez les femmes, niveau élevé de cholestérol, faible seuil de tolérance à la douleur, trouble de la thyroïde, maladies rhumatoïdes, etc. 

 

Gestion de l’affection

Stade aigu

La phase inflammatoire (ex. : « Je n’ai jamais eu mal là, et tout à coup j’ai très mal ») dure généralement de 3 à 7 semaines. Il peut y avoir présence, mais pas toujours, de chaleur et d’œdème (gonflement) au site d’insertion du tendon. L’articulation bénéficie alors d’une mise au repos ou, à tout le moins, d’une diminution du volume de sollicitation, le temps de la résolution des principaux symptômes. Le temps est votre principal allié dans la phase aiguë. 

Sur le plan thérapeutique, quelques étirements sont faits régulièrement, dans la non-douleur autant que possible, afin de préserver la mobilité articulaire pendant la récupération. Par exemple, 3 répétitions de 30 secondes 2 fois par jour. La cryothérapie (application de glace) sur le site douloureux peut être utilisée si elle soulage la douleur. Pour cela, placez le sac de glace sur une serviette humide déposée sur le site douloureux pendant 10 à 20 minutes. Si on utilise la thérapie manuelle (massages et autres mobilisations) dans le but de soulager la douleur, les manœuvres doivent être axées sur une région voisine du site douloureux. Éviter de masser ou de comprimer directement la zone enflammée (ce ne sera, de toute façon, vraiment pas agréable). 

Au niveau pharmaceutique, pour les tendinopathies, les injections multiples de cortisone sont associées à de moins bonnes chances de succès et à une récupération plus longue.

Une fois que la condition se résorbe d’elle-même, il faudra être vigilant afin d’éviter une récidive. Pour cela, assurez-vous d’augmenter graduellement votre volume d’activité physique pour laisser le temps à votre corps de s’adapter à la sollicitation. Un conseil général est de ne pas augmenter votre volume de travail (distance parcourue, temps de travail, charge soulevée, etc.) de plus de 10 % par semaine. Vous pouvez aussi conditionner votre organisme à tolérer davantage de stress physique en procédant à un renforcement musculaire progressif. Sélectionnez par exemple un exercice renforçant l’articulation atteinte et réalisez 3 séries de 10 à 12 répétitions 3 fois par semaine en augmentant graduellement la charge au fil des semaines. Vos muscles et tendons s’adapteront ainsi à la demande, et cela vous aidera à prévenir une éventuelle récidive. 

Stade persistant 

La gestion de l’affection diffère beaucoup lorsque la tendinopathie est en phase persistante (ex. : « J’ai mal au coude depuis plusieurs mois, parfois plus, parfois moins, cela varie selon les jours »). Lorsque le repos durant quelques semaines est insuffisant pour chasser les symptômes, il faut mettre l’accent sur la réalisation d’exercices de renforcement progressif. L’exercice est la modalité la plus éprouvée scientifiquement vis-à-vis du soulagement des symptômes liés à une tendinopathie persistante. La charge sur le tendon doit être augmentée progressivement pour lui permettre de développer une plus grande tolérance et de faire des adaptations neurologiques nécessaires. Une tendinopathie persistante guérit rarement sans cette étape de l’intervention. 

La patience et la constance sont nécessaires : dans le stade persistant, les exercices doivent être faits tous les jours ou tous les 2 jours pendant en moyenne de 3 à 6 mois. On utilisera généralement 1 à 3 exercices, chacun fait en 10 à 15 répétitions avec un temps de repos de 1 à 2 minutes entre les séries. Selon le niveau de sensibilité du client, les exercices peuvent être isométriques (sans mouvement : par exemple, la chaise au mur) ou dynamiques, en déplaçant une charge (l’accroupissement, ou squat, par exemple). Le concept clé est la progression graduelle, que ce soit dans les séries, les répétitions ou les charges. 

Il se peut, durant la réalisation des exercices ou juste après, que la sensibilité sur le tendon augmente de manière passagère. Selon les recherches, cela n’est pas néfaste aux bénéfices apportés par les exercices. Cet inconfort doit demeurer « gérable », c’est-à-dire qu’il ne doit pas être plus de 5/10 sur une échelle subjective de douleur, 1 représentant une sensibilité minime et 10 la pire douleur que vous ayez jamais éprouvée. Par contre, la sensibilité doit être revenue au niveau de base le lendemain. Si une légère douleur est présente, mais n’augmente pas d’une journée à l’autre, cela vous indique que vous utilisez la charge appropriée pour votre exercice. N’oubliez pas qu’une progression graduelle dans la charge au fil des semaines est nécessaire, pour venir à bout d’une tendinopathie persistante. Fait intéressant : l’aspect biologique de la blessure aux différents examens (échographie, résonnance magnétique, etc.) est très peu fiable pour se fier à l’amélioration de l’affection. Le tendon peut ainsi montrer des signes de blessure dans sa physiologie tout en ayant récupéré toutes ses fonctions et vous permettant de fonctionner sans douleur. 

 

En conclusion

Les tendinopathies sont des pathologies musculosquelettiques communes et fréquentes dans notre société. Elles peuvent toucher toutes les articulations. Même si elles peuvent parfois apparaître plus subtilement, l’élément le plus souvent retrouvé dans le questionnaire est une augmentation rapide de la sollicitation du tendon dans les activités quotidiennes ou sportives. La prise en charge d’un client avec une tendinopathie dépendra de plusieurs facteurs, notamment si la blessure est dans un stade aigu ou persistant. La modulation de la charge de travail sur l’articulation jouera un rôle crucial dans la réhabilitation. Ainsi, le volume de sollicitation devra être diminué dans un stade aigu ou, au contraire, progressivement augmenté dans un stade persistant. L’aspect biologique du tendon à l’imagerie est un indicateur peu fiable pour évaluer la sévérité de l’affection, la douleur ou le pronostic de guérison. La thérapie manuelle et la pharmacologie peuvent aider à moduler la douleur pendant la résolution de l’affection, qui passera, dans de nombreux cas, par un programme de renforcement articulaire graduel. 

 

Références : 

Labrecque, Susan Dre. Traumatologie Sportive. Université de Sherbrooke, 2008.

Malliaras, Peter. 9 tendinopathy truths you must know, https://www.physio-network.com/9-tendinopathy-truths-you-must-know/, 2019