Une tasse au goût du jour pour savourer le thé, le café ou le cacao

Publié le 22 avril 2017
Écrit par Louis Lapointe et Yves Prescott

Une tasse au goût du jour pour savourer le thé, le café ou le cacao
GUT-FX fr

Le thé, le café et le cacao, peu recommandés dans les guides alimentaires classiques, sont pourtant bien enracinés dans notre vie quotidienne.

Compte tenu de leur importance dans l’histoire des relations sociales, il semble important de dresser un bref portrait de ces trois denrées qui étaient déjà offertes dans les postes de traite, il y a de cela quelques centaines d’années. Notre climat nordique explique sans doute le fait que de tels produits répondaient à un besoin évident de consommer une boisson chaude et stimulante, tout en évitant les effets liés à la consommation d’alcool. De nos jours, ces mêmes produits sont plus accessibles et moins chers qu’autrefois et contribuent toujours à encourager la commensalité entre les individus.

Bien que le chocolat importé en Nouvelle-France provînt vraisemblablement d’Europe, on sait avec certitude que les articles de porcelaine dans lesquels on versait les boissons à base de chocolat étaient bel et bien fabriqués en France. On estime que ce liquide « médicinal » est apparu dans les postes de traite dans les années 1700 et sa popularité ne se dément pas depuis. Lors de son passage dans la colonie en 1749, le botaniste suédois, Pehr Kalm, avait d’ailleurs noté sa place privilégiée sur les tables des habitants, surtout à l’heure du petit-déjeuner. Même durant les pénibles années qui suivirent le krach de 1929, les archives de l’époque confirment qu’on le servait toujours dès le premier repas de la journée.

Mais d’où vient donc la cabosse de cacao ? Souvent associée à l’Afrique, notamment au Ghana et à la Côte d’Ivoire, la cabosse a été découverte par les peuples du Mexique précolombien. Les rituels liés à la consommation de la boisson des dieux, découlant du traitement de la cabosse de cacao, étaient souvent reproduits sur les vases retrouvés ultérieurement lors de fouilles archéologiques. Le cacao sert également dans la réalisation de plats salés ; la cuisine mexicaine propose ainsi le mole poblano, un plat de volaille mijotée dans une sauce parfumée au cacao.

Chez nous, l’engouement renouvelé pour le chocolat se traduit par une diversification notoire, allant bien au-delà de la classique tablette de chocolat. Cette tablette est désormais offerte dans des saveurs les plus variées, à savoir la fleur de sel, le piment d’Espelette, l’hibiscus, l’huile d’olive, etc. Il existe désormais un chocolat certifié végétalien qui est libre de sel et de cholestérol, sans compter celui qui respecte les restrictions alimentaires de la nourriture cachère. On notera de plus que le cacao est riche en suppléments nutritionnels et nutraceutiques, d’où son effet bénéfique et protecteur, notamment contre les maladies chroniques.

À l’échelle internationale, cette passion se manifeste annuellement à Paris lors du Salon du chocolat, où les visiteurs ont récemment pu goûter au fin mariage du cacao et de la poudre de matcha. Cette poudre, faite à base de très jeunes feuilles de thé, est habituellement transformée en boisson et bue lors de la traditionnelle cérémonie japonaise.

Cela dit, le thé importé d’Europe n’avait rien à voir avec le matcha. Les marchandises invendues sur le Vieux Continent parvenaient sur les rives du Saint-Laurent, où sa popularité demeurait plutôt restreinte. Le régime anglais changea la donne en important de vastes quantités de cette marchandise produite tant en Inde qu’en Chine, ce qui fit chuter les prix considérablement.

Il faut avouer que, chez les Canadiens français, le thé n’était pas consommé dans le cadre de dégustations ostentatoires, mais servait parfois à la préparation de la fameuse « sauce au thé » qui accompagnait les plats de bœuf. Les sacs de thé, grâce à leur propriété astringente, servaient à accélérer, croyait-on, la guérison de la gencive à la suite de l’extraction d’une dent.

En règle générale, tout au moins chez les francophones, le thé demeure une boisson servie sans tambour ni trompette, avec lait et sucre. Les immigrants chinois vivant parmi nous savent, par contre, que le thé pleinement fermenté (le Pu’Er) possède de nombreuses vertus, dont celle d’éliminer les gras animaux de régimes alimentaires fortement carnés. Chez les Anglo-Saxons, le thé sert souvent de prétexte à faire étalage de son statut social et de sa capacité d’acquérir des importations coûteuses. Le 5 o’clock tea devient prétexte à servir divers desserts et autres gourmandises. Depuis environ une dizaine d’années, la prolifération de maisons de thés témoigne d’un engouement généralisé et de la capacité des spécialistes de statuer sur la valeur respective des feuilles importées, dont la qualité s’est accentuée de façon notoire.

Bien que les opinions scientifiques occidentales se montrent sceptiques relativement aux vertus attribuées à la feuille de thé, la médecine chinoise, par contre, confirme son rôle dans la perte de poids, de même que dans la prévention du cancer. Chacun a son opinion sur le sujet ! Le thé consommé à la chinoise ne contient incidemment aucune calorie et agit comme diurétique.

À cet effet, il est pertinent de poser la question : le café est-il aussi un bon diurétique ? Il semblerait que oui, dans la mesure où on le sert noir, sans ajout de produits laitiers.

Plusieurs théories ont été mises de l’avant afin de promouvoir le café au rang d’aliment compatible avec un mode de vie sain. Par exemple, certains affirment qu’il aide à éliminer le gras du corps humain et qu’il peut même réduire le risque de développer le diabète de type 2 ou la maladie d’Alzheimer.

On retient des archives qu’autrefois, c’étaient essentiellement les femmes qui prenaient le café au petit-déjeuner et parfois même en toute fin de journée. Le lait servait alors de complément indispensable à cette boisson de luxe.

Pour des raisons économiques, nos cousins de La Nouvelle-Orléans ont appris à servir le café avec de la chicorée. On notera que cette plante, très proche du pissenlit, possède des vertus toniques et dépuratives qui contribueraient à soigner la jaunisse ou la congestion du foie, tout en purifiant le sang. Au Québec, la chicorée avait supplanté le café à une certaine époque, mais à la suite de la chute du prix des graines torréfiées, elle a disparu du rayonnage de nos supermarchés et se retrouve essentiellement, comme étant une denrée d’importation, dans les épiceries spécialisées.

Il semble clair que tant le thé, le café que le cacao étaient jadis réservés à une élite capable de s’en procurer sur une base régulière. De nos jours, la démocratisation de ces boissons ne se dément pas, bien qu’une hiérarchisation de ces produits trahisse une diversification des attentes des consommateurs.

Bonne dégustation !