Six des neuf limites planétaires ont été franchies

Publié le 1 avril 2025
Écrit par Gabriel Parent-Leblanc, B. Sc., M. Env.

Six des neuf limites planétaires ont été franchies
AOR avril 2025

L’impact des activités humaines est tel que l’état de notre planète se retrouve désormais à être hors de « l’espace opérationnel sûr » pour l’humanité. Pire encore, il ne semble y avoir aucun ralentissement…

C’est ce que révèle une récente étude de l’équipe de scientifiques du « Centre de la résilience » de l’Université de Stockholm parue dans la revue Science Advances. « La Terre au-delà de six des neuf limites planétaires » est la troisième publication du groupe sur le sujet depuis 2009 et la première à présenter une analyse complète des neuf limites.

Tout d’abord, j’aimerais débuter par rassurer les écoanxieux : le titre est quelque peu sensationnaliste. Ce n’est pas parce que six des neuf limites planétaires sont dépassées que tout va s’effondrer aujourd’hui ou demain matin. Les chercheurs comparent plutôt le phénomène à un problème de santé : « nous pouvons considérer la Terre comme un corps humain et les limites planétaires comme la pression artérielle. Une pression au-dessus de 120 / 80 n’indique pas une crise cardiaque certaine, mais cela en augmente le risque et, par conséquent, nous travaillons à réduire la tension artérielle ».

Les résultats de l’étude n’en demeurent pas moins inquiétants, si bien que je trouve important de vous résumer l’essentiel de celle-ci à travers cet article.

 

Quelles sont les neuf limites identifiées par les chercheurs ?

Intégrité de la biosphère : évalue la biodiversité génétique des espèces ainsi que leurs fonctions pour réguler la planète.

Changement climatique : évalue la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ainsi que l’évolution du forçage radiatif (la différence entre la quantité d’énergie que la planète capte du soleil et ce qui ressort de la planète).

Nouvelles molécules chimiques : évalue la quantité de substances créées par l’homme et qui n’existaient pas avant nos avancées technologiques (pensons au plastique, aux déchets nucléaires, à certains pesticides, etc.).

Épuisement de l’ozone stratosphérique : évalue la constitution de la couche d’ozone, cette fine couche dans la stratosphère qui nous protège de plusieurs éléments nocifs, dont les rayons UV du soleil.

Eau douce : évalue la disponibilité de l’eau douce en surface et souterraine (bleue), de même que l’eau dans le sol, disponible pour les plantes (verte).

Chargement atmosphérique d’aérosol : évalue la différence entre la quantité d’aérosol dans l’atmosphère (pensons aux particules fines émises dans l’atmosphère suite aux feux de forêt, par exemple).

Acidification des océans : évalue la quantité d’ions carbonate dans les océans. C’est sous cette forme (joint à des minéraux, comme le calcium) que le surplus de gaz à effet de serre se retrouve dans les océans et en change le pH…

Déforestation : évalue l’état de l’étendue des principales forêts tropicales, tempérées et boréales dans le monde.

Les flux biogéochimiques : évalue la perturbation du cycle des éléments, en particulier le phosphore et l’azote (l’agriculture et l’industrie ont un fort effet sur ceux-ci)

 

Résumé des résultats

 

 

Traduction libre de l’infographie réalisée par l’Azote for Stockholm Resilience Centre

 

Ne pas oublier l’interaction entre les limites

Bien que les chercheurs aient balisé les limites planétaires en neuf éléments pour faciliter la collecte de données et leur présentation, il ne faut pas oublier le dynamisme des systèmes de la Terre. Ils sont tous interreliés et la sauvegarde ou la destruction d’un seul système peut venir changer la donne de manière substantielle !

Dans l’étude, une simulation de l’interaction entre deux des neuf limites, soit le réchauffement climatique et la déforestation, est présentée et les résultats sont pour le moins surprenants !

Cela fait beaucoup de données, mais ce qu’il faut retenir, c’est l’importance des forêts pour gérer le carbone que les activités humaines libèrent dans l’atmosphère. Notons les scénarios 2 et 3, où la simple différence entre le respect de la limite planétaire fait en sorte que les forêts sont capables d’absorber plus de carbone que d’en émettre grâce à leur faible dégradation.

Que pouvons-nous faire pour nous en sortir ?

C’est bien beau de savoir que les choses ne vont pas bien, mais encore faudrait-il savoir sur quoi agir pour que l’humanité s’en sorte indemne, n’est-ce pas.

La question dépasse largement le spectre du présent article, mais vous retrouverez des éléments de réponse dans mon précédent article Les petits gestes ne suffisent plus. On y découvre que la couverture des besoins de base au Québec (logement, alimentation, transport, etc.) dépasse du double les seuils écologiques proposés dans la littérature scientifique, des résultats peu surprenants considérant les données vues que l’on vient de voir…

Bref, la présente période est historique : notre intelligence et nos avancées technologiques nous ont permis d’atteindre un niveau de vie jamais connu auparavant dans l’histoire. Malheureusement, cette courte prospérité semble se faire au détriment de la richesse naturelle de la planète, tellement qu’elle ne serait plus un « espace opérationnel sûr » pour l’humanité. Ça fait des décennies que les écologistes tentent de passer le message qu’on fonce tout droit dans le mur. Voyons si cette manchette inquiétante fera un peu plus réagir. Il n’est pas trop tard, si l’on se fie aux résultats de l’interaction entre les forêts en bon état et le réchauffement climatique ! Des choix devront néanmoins être faits et la solution pour moi peut se décrire en un seul mot : décroissance. Il s’agit de voir si, en tant qu’espèce, on est assez intelligent pour décroître de manière volontaire et diminuer notre empreinte collective, en protégeant le vivant et en évoluant en harmonie avec la nature. Ou si, au contraire, le dépassement continu des limites planétaires va nous forcer à la décroissance involontaire.

Pour ne pas trop vous décourager et pour continuer votre réflexion sur le sujet, voici deux autres articles parus dans Vitalité Québec dans lesquels on retrouve beaucoup de pistes de solution :

 

Référence :

Richardson, J., Steffen W., Lucht, W., Bendtsen, J., Cornell, S.E., et.al. 2023. Earth beyond six of nine Planetary Boundaries. Science Advances, 9, 37.